Aug 102011
 
Ouverture_Pirate_DRM

Clés de protection, DRM, logiciels anti piratage, accès Internet obligatoire, tous les éditeurs de contenu numérique, qu’il soit téléchargeable ou sur un support physique, cherchent depuis des années à protéger les œuvres qu’ils distribuent. Mais au final, ces mesures sont-elles vraiment efficaces ?

En consultant Twitter l’autre jour, je suis tombé sur une info concernant le jeu Driver San Francisco d’Ubisoft : les joueurs PC devront avoir obligatoirement une connexion Internet active pour y jouer. Pas uniquement lors de l’installation pour s’enregistrer comme cela se fait de plus en plus souvent, mais aussi lors de leurs cessions de jeu.

En parcourant les discussions à ce sujet, je me projette dans la peau du joueur qui s’est payé un portable de concours et qui compte bien sur ses vacances à Trifouillis-les-Oies-sur-Mer pour se débarrasser de ses gamins en les confiant au mini club du coin et enfin profiter de ses quelques heures de temps libre pour s’adonner à son passe-temps favori…

Et je l’imagine en train de squatter le hotspot WiFi gratuit du camping – la seule connexion dispo à 12 kilomètres à la ronde – avec obligation de réactiver son accès toutes les 30 minutes (parce que déjà que c’est gratuit, faudrait pas en prime que les gens abusent…) pour tenter de profiter de son jeu préféré… Pas top !

M’enfin !

Au-delà de ce cas particulier, cette news m’a mis de mauvaise humeur. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Donc je râle. Et ne venez pas me dire que c’est normal parce que je suis français et que les français sont des râleurs !

Sur PC des protections telles TAGES, SecuROM, StarForce ou SafeDisc peuvent tout simplement bloquer l’installation d’un jeu légalement acquis.

J’en ai simplement marre de toutes ces protections qui au fil des ans nous envahissent et qui à mon sens ne font qu’emmerder le brave type qui a été légalement acheter un jeu, un film ou de la musique.

Car les pirates, eux, s’en soucient comme de leur Première Communion tant la plupart de ces mesures leurs sont assez simples à contourner. En quelques clics via un moteur de recherche on peut aisément découvrir comment faire sauter des DRM à l’aide de logiciels souvent gratuits. Quant aux torrents, la plupart des fichiers ainsi disponibles s’accompagne des outils et d’un mode d’emploi expliquant pas à pas comment utiliser et installer sans problème l’application ou le jeu que l’on vient de récupérer illégalement.

Qui pirate un œuf achète un bœuf

Oui, me direz-vous, mais pirater c’est mal, cela nuit gravement à l’industrie du jeu, de la musique ou du cinéma. Regardez comme les majors se plaignent de l’effondrement des ventes de disques. C’est à cause des pirates tout cela et patati et patata…

Peut-être… sauf que récemment, un acteur de l’industrie du film a mandaté GFK, un célèbre institut de sondage, afin de réaliser une étude sur le sujet, histoire ensuite de lancer une campagne stigmatisant les pirates, ces criminels sans foi ni loi capables des pires cruautés. Je ne sais pas si vous avez déjà fait attention aux spots anti piratages sur les DVD, mais ils sont tellement anxiogènes qu’ils terrifient littéralement ma fille de 4 ans…

Cette campagne de 2007 conçue par Saatchi & Saatchi pour Universal montre bien la façon dont les majors veulent stigmatiser le piratage.

Les résultats de l’enquête vont à ce point à l’opposée de ce que voulait démontrer le commanditaire, qu’il a décidé de ne pas la rendre publique et c’est courant juillet via le journal allemand Telepolis que certaines informations ont filtré.

Selon l’étude de GFK les pirates sont de loin les plus gros acheteurs DVD, ils fréquentent plus souvent les salles obscures particulièrement les jours de sortie des films et ce loin devant les consommateurs lambda… Il en ressort que les pirates sont ainsi à l’opposé de l’image de “parasites criminels” véhiculée par l’industrie. Du coup, on imagine bien l’embarras de ceux qui ont commandé l’enquête. C’est sûr, ça fait tâche : taper sur ses meilleurs clients n’est pas une attitude très prolifique pour le commerce…

Et le pire, c’est que sans faire de démagogie, on peut très bien imaginer que le même schéma de consommation s’applique aussi pour la musique, voire le jeu vidéo.

Imaginons donc que le piratage ne soit pas la principale cause des méventes des majors. Dans ce cas qu’elle est la source de leurs déboires commerciaux ?

De mon point de vue, ce qui nuit gravement à tous ces industriels c’est un manque flagrant d’imagination, de produits originaux et de qualité. J’en ai ras la casquette des remakes de chefs d’œuvres du Septième Art en navets numériques hollywoodiens, des Call of Duty 72, des Mortal Kombat 35 et des jeux à 80 euros qui ont une durée de vie de 2h30.

Pas vous ?

L’effet DS

Voici une bonne illustration de mon propos. A force de voir son grand frère le nez collé sur son iPod, ma fille de quatre ans revendique sa part de jeu vidéo. Je la laisse donc jouer un peu à la DS de temps en temps.

Je lui trouve donc une cartouche Dora. Ça l’éclate, je l’entends pianoter, marteler l’écran tactile à coup de stylet et hurler des « carte » ou « sac à dos » à tue tête… Cool, ça a l’air sympa ce jeu. Sauf qu’au bout de 20 minutes elle vient me trouver et me demande si je n’ai pas autre chose à lui donner.

R4 et consorts sont une véritable calamité pour Nintendo qui ne parvient pas à lutter efficacement contre le piratage sur les DS.

« Tu en as marre de Dora choupette ? »

« Non papa j’ai fini l’aventure ! » me rétorque-t-elle. Je vérifie et effectivement elle avait sauvé les sirènes, les singes, les dauphins et je ne sais plus quel truc encore. Jeu terminé « She did it ! » comme dirait Dora. 40 euros pour 20 minutes… je n’ai pas du tout l’impression de m’être fait arnaquer.

Le problème c’est que même s’il y a de véritables chefs-d’œuvre sur DS, il y a aussi énormément de jeux affichant des contenus médiocres et une durée de vie ridicule. Doit-on alors s’étonner que le piratage sur les portables de Nintendo soit devenu un véritable fléau.

Les R4 et autres Linker constituent à mon sens un cas unique dans le jeu vidéo, car ce type de piratage ne concerne plus seulement les pros et les gamins un peu doués en informatique qui se refilent les DVD sous le manteau dans la cours de récré, ce sont carrément les parents qui s’y sont mis. Et je pense que dans ce cas précis le binôme 40 euros / 20 minutes revêt une signification toute particulière.

Le cas Apple…

Ce qui m’amène à me la question suivante : prendre l’utilisateur pour une vache à lait  et le soupçonner en permanence d’être un pirate potentiel ne l’encourage-t-il pas à ne pas respecter les éditeurs ?

Le couple Apple/iTunes en est un parfait exemple. Pour alimenter ses iPod, iPad, iPhone et autre iProduits en contenus, on est obligé de passer par le logiciel iTunes, que je trouve particulièrement peu ergonomique – qui de plus sur PC est une vraie usine à gaz et rame horriblement.

Apple verrouille : musiques et vidéos achetées sur iTunes sont limitées par des DRM.

Musique et vidéo achetées sur iTunes sont protégés par des DRM qui rendent ces fichiers uniquement lisibles sur les appareils Apple et un nombre limité d’ordinateurs reliés à votre compte iTunes. Vous ne pourrez donc pas les transférer comme bon vous semble vers les divers appareils multimédia dont vous disposez, alors que vous les avez acquis légalement et surtout à un prix normal.

C’est juste prendre les consommateurs pour des pommes (oui je sais c’est facile…) ! Résultat je n’achète plus rien sur iTunes à moins d’y être obligé.

Une nouvelle façon de consommer ?

Cette chronique n’est absolument pas une apologie du piratage, qui rappelons-le est illégal. Reste qu’au fil du temps cette pratique s’est solidement ancrée dans les habitudes de consommation des joueurs, des spectateurs et des auditeurs au point de dépasser désormais largement le cadre des seuls utilisateurs avertis.

Essayer de lutter efficacement contre ce phénomène relève du mythe de Sisyphe. Quelques soient les mesures restrictives mises en place, les chiffres du piratage restent en constante augmentation.

Il faut donc y réfléchir différemment et plus uniquement en termes de répression. Manifestement le piratage n’est pas forcément synonyme de moindres profits et pour beaucoup, c’est une nouvelle façon de consommer et de faire des choix.

Les éditeurs de jeu, les producteurs de musique ou de films quant à eux doivent aussi se poser des questions qui dépassent le cadre du traditionnel adage « nos ventes sont plombées par le piratage ». Au prix actuel des jeux, de la musique, des nouveautés Blu-Ray/DVD ou des places de cinéma, se retrouver face à un nanar ça donne vraiment l’impression de se faire pirater le porte-monnaie.

  One Response to “Nous prendrais-t-on tous pour des… pirates ?”

  1. Un excellent article, comme toujours Zorglub :)

    Il est certain que la pensée des Majors est désuète à propos du piratage. Acheter un film à 25€, même si les nouveaux médias les blindent de bonus, est tout de même une action réfléchie et non plus impulsive. La culture se doit d’être accessible à tous, et je suis persuadé que ramener le prix d’un film à 10-15€ ferait le plus grand bien à l’Industrie.

    Mais comme tu le soulignes, le monde culturel média est plombé de sombres daubes qui ne mérite pas grand intérêt, à côté de petites perles méconnues. Télécharger illégalement est un moyen de faire connaissance, avant de décider si oui ou non la personne dépensera une partie de son salaire dans un produit de pure détente.

    “Quand j’étais jeune”, j’allais au cinéma voir “Un flic à la maternelle”, la place me coûtait 180Fb (4,50€) maximum, c’était gérable à deux. Une place de cinéma actuellement, aller voir un film coûte entre 7,50€ (302Fb) et 9,20€ (371Fb) pour un tarif normal. On passe à 11,00€ (450Fb) pour un film en 3D, “Nouvelle technologie” (dispensable…) oblige.
    A ce prix, je limite mes sorties cinéma aux films à grand spectacle uniquement. La 3D, ça ne vaut encore rien, à part pour Avatar, qui était conçu pour. Pourquoi payer autant “juste” pour voir une petite comédie ?

    Idem pour la musique : on a tous les oreilles qui saignent avec la m**** qu’on nous balance à longueur de temps, nous obligeant à force à apprécier un minimum des
    “chanteurs” gueulards… pourquoi acheter ces crasses quand de petits artistes sont bien plus talentueux ? Et à quel prix ?

    Les jeux, c’est encore pire. Entre Fifa 568, CoD72 ou autre NFS897, les grosses licences inintéressantes foisonnent à prix prohibitif, DLC honteux et prise de risque zéro pour livrer un produit annuel formaté avec au mieux un habillage graphique plus joli et un mode multijoueur bouffant littéralement le jeu solo.

    Mais tout cela se vend, à prix fort. Pourquoi les grosses industries musicales, vidéoludiques ou cinématographiques arrêteraient-elles de nous pondre de la m**** en tube à longueur de temps ? Ça ne leur coûte rien et ça se vend cher. L’exemple de la DS est parlant : pourquoi acheter un jeu pour son rejeton 40€ pour qu’il y joue 2h alors que pour 20€ et une connexion internet, on a toute la ludothèque ? Créer des Léa Passion, c’est bien (enfin… je me comprends), mais il faut un prix à hauteur du produit.

    Puis bon, si on est honnête, ce n’est pas tant le piratage que le marché de l’occasion qui cause du tort. D’où la prolifération des pass-online actuellement…

    L’industrie n’aura d’autre choix que de s’adapter à un nouveau modèle économique si elle veut sortir de cette situation. Il est d’ailleurs question d’augmenter en France le tarif des abonnements internet en vue de rétribuer les-dits artistes… ce qui reprend l’introduction de ton excellent article :

    Nous prendrais-t-on tous pour des… pirates ?

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