Sorti au courant du mois de février 2010, Heavy Rain a depuis dépassé le million de copies vendues. Véritable blockbuster, le bébé de David Cage, scénariste et concepteur du jeu, propose une expérience que l’on peut qualifier de thriller interactif, où le joueur-spectateur influe sur le déroulement de l’histoire, de manière à la fois consciente et inconsciente.
Vous commencez votre voyage sous les traits de Ethan Mars, jeune architecte bien installé dans la vie, lors d’une journée presque trop banale. Au programme, il faut se réveiller en inclinant le stick analogique de la manette, passer à la salle de bain pour prendre une douche, s’habiller puis descendre au rez-de-chaussée. Les scènes de vie quotidienne, assez nombreuses dans Heavy Rain permettent de refroidir la tension du scénario tout en renforçant l’apprentissage du système de jeu, finalement plutôt basique : appuyer sur un bouton à répétition, secouer le contrôleur au bon moment ou enfoncer plusieurs touches en même temps et notre avatar accomplit l’action escomptée. Si dans un premier temps, on peut rester sceptique quant à la maniabilité, le système devient par la suite très addictif surtout lors des grandes scènes d’action, très nombreuses, qui délivrent leur lot de tensions et d’adrénaline.
Nous n’allons pas passer en revue le scénario, déjà bien expliqué sur d’autres sites consacrés aux jeux vidéo, disons simplement qu’il s’agit de retrouver un tueur en série, appelé le tueur à l’origami, et que vous mènerez l’enquête via quatre personnages bien différents, lesquels apportent tous une vision particulière au jeu. Alors que Norman, l’agent du FBI, nous donne la sensation d’être dans le film ‘Matrix’, le détective Scott Shelby nous plonge dans une ambiance de film noir assez réussie (on pense notamment au ‘Faucon Maltais’ de John Huston). Avec Ethan, le personnage principal, on lorgne plus du côté de ‘Seven’ voire de ‘Vanilla Sky’ et enfin Madison, la journaliste, apporte la petite touche féminine bien nécessaire à ce monde de brutes. La bonne nouvelle, c’est que tous ces personnages ont une vraie densité, des problèmes personnels relayés par une voix intérieure et des petits secrets que l’on découvre au fur et à mesure. Cela n’a l’air de rien, mais hormis pour quelques titres dont le GTA de Rockstar, on désespérait de revoir sur console de vrais personnages, complexes, riches et évolutifs.
Outre son gameplay original, ‘Heavy Rain’ peut se targuer d’avoir les plus beaux graphismes jamais vus sur console à ce jour. Non seulement les modèles 3D sont bluffants mais ils sont animés avec un degré de réalisme à faire pâlir d’envie toute l’équipe de Pixar, tant il est vrai que ceux-ci ne sont encore jamais parvenus à animer un modèle humain de manière convaincante. Pour faire simple, la motion capture utilisé ici est similaire à celle employée sur Avatar, avec des capteurs placés sur chaque muscle du visage des acteurs humains. Résultat : des émotions grandeurs natures, sublimées par une mise en scène dynamique et inventive, à l’aide de ‘caméra à l’épaule’ et de prises de vue suggestives.
Selon David Cage, ‘Heavy Rain’ présenterait une vingtaine de conclusions selon les choix du joueur au fil de l’aventure. Pas de game over ici, si un personnage meurt, l’histoire se poursuit avec les autres. Du coup, on accomplit toutes les séquences dangereuses sur le fil du rasoir, bien conscient que l’histoire peut se modifier totalement sur une fausse manipulation. Et c’est là que l’inconscient entre en jeu : une mauvaise réponse donnée à un agresseur, une pression de bouton au mauvais moment et la conclusion de la scène ne sera plus la même. Pour autant et malgré cela, on peut reprocher au jeu une trop grande linéarité. Chaque séquence se boucle selon un schéma que l’on est forcé de suivre et il y a peut-être des moments où l’on se sent beaucoup plus spectateur que véritable acteur du jeu.
18/ 20 ‘Heavy Rain’ marque le retour du jeu d’aventure sur console, genre traditionnellement réservé au PC, et espérons qu’il ouvre la voie à beaucoup d’autres productions similaires, pourquoi pas avec des réalisateurs de renom issus du cinéma, pour permettre enfin au jeu vidéo de s’exprimer autrement qu’avec des flingues, des frags et des ‘headshots’.
Développeur: Quantic Dream
Editeur: Sony
PEGI: +18
Auteur: Lot5
Retrouvez notre reportage sur l’avant première du jeu à Paris (avec Mathieu Kassovitz et Terry Gillian): ici















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